Archéologie

CHÂTEAU DE ROLLE (VD) AILE NORD

Analyse archéologique préliminaire
La restauration projetée de la façade Nord de l’aile Nord du château de Rolle a amené le Bureau d’Architecture et d’Urbanisme, de Rolle, responsable des travaux, en accord avec la Municipalité et la section des Monuments Historiques de l’Etat de Vaud (MHAVD), à mandater ARCHEOTECH pour effectuer le relevé et l’analyse archéologique préliminaire de cet édifice, en février 1983. Ces travaux ont été effectués sur place du 17 février au 4 mars 1983.

Etat actuel

La façade Nord de cette aile est dotée en son centre d’une petite construction accolée à la muraille, abritant des toilettes; la façade est percée de fenêtres de dimensions très variables, ainsi que de meurtrières; un crépi grisâtre, fortement dégradé, la recouvre. La façade Sud de cette aile a été restaurée en 1972, avec l’ensemble de la cour. Cette partie du bâtiment abrite aujourd’hui des salles de classe, l’appartement du concierge, un cachot ainsi que des dépôts divers.

Etat de la documentation
Le château a fait l’objet de plusieurs campagnes d’investigation depuis le début du siècle.

A. Naef a publié le condensé d’une communication lue en séance de la Société d’Histoire de la Suisse Romande dans la Revue Historique Vaudoise, t. 11, N° 1, 1903, pp 21-26; après un bref historique de l’édifice, fondé dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, augmenté de la tour rectangulaire au XVe siècle et transformé en habitation depuis le XVIe siècle, il donne une description de ses principaux éléments.

La disposition du château est décrite comme “presque triangulaire, très originale, très régulière et assez rare”; l’accès ancien se ferait au même endroit qu’aujourd’hui; les longues archères du donjon sont données pour très fréquentes dans le midi de la France; il décrit encore les grilles bouchant les créneaux de la façade Est; ses successeurs, dont nous-mêmes, lui ont emprunté son système de dénomination des tours, soit A, B, D et C, en tournant, depuis le donjon rond Nord-Ouest, dans le sens des aiguilles d’une montre.

L. Blondel, dans Châteaux de l’ancien diocèse de Genève, Genève, 1978 (réimpr. de l’éd. de 1956), pp. 425-428, complète essentiellement la documentation historique, et reprend la description archéologique de Naef. Il place l’accès au même endroit, et situe un port à l’Ouest du château, qui expliquerait sa “forme quadrangulaire resserrée en éperon, donnant l’image d’un trapèze”.

Dans un rapport dactylographié daté de 1977 et déposé aux MHAVD, P. Eggenberger rend compte d’une campagne d’investigation archéologique. Il y insiste sur le plan “scrupuleusement symétrique” du château, par rapport à un axe passant par les tours A et D, Rolle n’étant qu’une modification de la disposition de base de l’architecture des fortifications savoyardes de la deuxième moitié du XIIIe siècle. Il place l’accès primitif au château à proximité du donjon A, dans la façade de l’aile Nord, marqué par un arc de claveaux. Il restitue une fortification entre la tour B et le lac, à cause de la présence d’une porte au premier étage de cette tour.

D’autres rapports déposés aux MHAVD (F. Francillon, 1973, et O. Feihl, 1979) concernent l’aile Sud exclusivement.

La consultation des documents conservés aux Archives Cantonales Vaudoises (ACV) concernant le château de Rolle n’ajoute guère d’informations à la documentation mentionnée plus haut : les anciens cadastres (1684 : GB 17/a; 1690 : GB 330/b; 1715 : GB 335/b; 1722 : GB 336/a; 1747 : GB 21/b; 1840 : GB 336/b) ne font pas apparaître le château, à l’exception du dernier, sous sa forme actuelle, à part les murs de jardin au Sud, côté lac, démolis vers 1913. Les archives des Monuments Historiques, conservées aux ACV (A 151/1+2, B 1287-1301, B 336 Château) ne contiennent aucune documentation sur des investigations anciennes.

Percements apparents au 1er mars 1983
L’analyse des éléments apparents des percements de l’aile Nord ne peut être qu’approximative, dans la mesure où seul un décrépissage suivi d’une analyse des appareils permettrait de préciser l’ordre de leur installation.

Percements contemporains de la fortification
Les meurtrières allongées et la porte d’accès côté nord constituent les percements les plus anciens, sans doute contemporains de la construction du château, dans la deuxième moitié du XIIIe siècle. La porte bouchée dans la façade Sud de la tour B pourrait appartenir à la même étape, sous réserve que l’interprétation donnée plus bas se confirme.

II
Les meurtrières en trou de serrure présentent sur les tours étaient destinées au tir à l’arquebuse, et sont datées du XVe siècle; l’encadrement, en tuf, est recouvert d’enduit peint gris foncé, et certaines sont encore dotées de crochets à volets de siège; il est possible que certaines d’entre elles aient été aménagées dans les anciens créneaux. Les canonnières peuvent remonter au XVIe siècle.

Il n’est pas possible, en l’absence d’analyse, de préciser la nature des ouvertures  pratiquées au sommet des tours A et B; il pourrait s’agir de créneaux remontant à cette étape. La petite fenêtre, dont le montant gauche est commun avec la canonnière, a été rattachée à la même étape.

Percements contemporains de l’habitat
L’aménagement de la plupart des fenêtres dans la maçonnerie remonte au XVIe siècle; la façade sur la cour, toutefois, a connu un état antérieur dont témoignent les arcades bouchées. Ces percements ont pour cette raison fait l’objet d’un traitement séparé. Les fenêtres de la façade Nord, par contre, ont toutes été rangées dans la même étape, sauf au cas où le matériau les rangeait à l’évidence dans la période récente.

III
Certains éléments se distinguent des arcades par une hauteur de linteau différente, ainsi que par la présence d’un chanfrein; il pourrait s’agir de portes ou de fenêtres d’un corps de bâtiment flanqué d’arcades.

IV
Presque toutes les fenêtres de cette aile ont été rangées dans cette étape, bien que la typologie, pour la façade Nord à tout le moins, permette des distinctions, par exemple entre la fenêtre, encore du XVIIe siècle, et sa voisine, du XVIIIe siècle.

En ce qui concerne la façade Sud, il serait tentant de mettre en relation l’obturation des arcades et l’aménagement de la série de fenêtres avec la date gravée dans le linteau de la porte, soit 1768.

Les petits percements à encadrement de calcaire blanc, de même que les petites fenêtres en molasse, appartiennent également à cette étape.

V
Les percements à encadrement en ciment, sont sans doute contemporains de l’aménagement des salles d’école au siècle dernier.

Problèmes posés par l’aile Nord
Les transformations subies par cette partie de l’édifice en rendent la lecture et la compréhension difficiles au premier abord.

Le comblement des fossés, qui n’apparaissent plus guère que du côté Nord, a masqué la partie inférieure des murs du château. Le crépi, qui recouvre encore le mur, ne permet pas une claire distinction des appareils, et dissimule peut-être certains percements anciens.

Le couronnement du mur a subi plusieurs réfections; son niveau ancien n’est de ce fait pas immédiatement lisible, à supposer qu’il existe toujours.

La charpente, enfin, a également fait l’objet de réfections diverses, jusqu’à date récente; certaines pièces paraissent réemployées.

Le niveau inférieur du mur Nord de l’aile concernée devrait pouvoir être facilement déterminé pas sondage; celui-ci devrait également fournir des renseignements sur le profil de l’ancien fossé, et sur la date et le mode de son comblement.

L’emplacement proposé pour ce sondage permettrait également d’éclaircir le problème du décrochement apparaissant dans la partie Ouest de cette façade; il livrerait aussi les fondations d’un éventuel ouvrage avancé de défense de la porte d’accès au château.

Le niveau supérieur du même mur a subi plusieurs réfections, jusqu’à date récente; le décrépissage de la façade, joint à quelques sondages ponctuels à l’intérieur, doit permettre la détection du couronnement ancien du mur, éventuellement formé de créneaux bouchés; il devrait permettre d’autre part un recensement exhaustif des percements de cette façade, l’établissement de la chronologie de leur aménagement, ainsi que celle des appareils.

La charpente a subi des modifications jusqu’à date récente; on peut d’ailleurs observer la trace d’une couverture plus ancienne sur le mur du donjon, côté cour. Certaines pièces, comme les entraits de l’extrémité Ouest; présentent des mortaises dont la présence est difficilement explicable si les pièces se trouvent à leur emplacement original. Il serait à notre avis judicieux de procéder à une série de prélèvements dendrochronologies, permettant l’établissement d’une datation pour les principaux groupes de madriers.

L’enduit peint gris formant cadre des meurtrières en trou de serrure devait à l’origine recouvrir également une partie au moins de la façade; il est en effet encore observable sur le mur entre les fenêtres. Le décrépissage de la façade devrait être précédé d’une analyse de cet enduit, menée par un spécialiste.

L’intérieur de cette aile, enfin, a été entièrement transformé lors de l’étape V, et aucun élément original n’y est discernable. Les travaux projetés risquent toutefois d’atteindre ces éléments, et devraient donc n’être effectués que sous surveillance archéologique.

Problèmes de la liaison entre l’aile Nord et l’ensemble du château

La liaison de cette aile avec le reste du bâtiment se fait par l’intermédiaire des tours A et B, qui sont exclues de l’analyse. La procédure ainsi suivie nous paraît hautement dommageable à toute tentative sérieuse de synthèse à venir.

En effet, les problèmes posés par le château de Rolle sont nombreux, l’édifice étant mal documenté; il serait donc

Tour B sud-est

extrêmement regrettable de ne pas porter toute l’attention nécessaire aux raccords existants aux angles de l’aile avec les tours, ceux-ci n’étant pas destinés à réapparaître dans un avenir proche.

D’autre part, MM Blondel et Eggenberger se plaisent à mentionner que la bâtisse se prolongeait, du côté Sud, par un dispositif disparu, dont Eggenberger trace une amorce au Sud de la tour B; or la maçonnerie de B présente, à sa jonction avec l’aile Est, les traces d’un arrachement possible. Celle de la tour C présente une limite bien visible dans l’appareil. La forme particulière des tours B et C, en rectangle arrondi, évoque plutôt des tours engagées dans un rempart que des tours d’angle; elle pourrait s’expliquer par l’existence, à l’origine, de ce dispositif disparu, côté lac.

Retour au menu principal