Conseil de Rolle 1749

DU CONSEIL DE ROLLE A LL. EE. APRÈS LA CONSPIRATION DE HENZI
15 juillet 1749.

On sait qu’en 1749 un certain nombre de personnes formèrent à Berne une conjuration contre le gouvernement de LL. EE. C’est la conjuration de Henzi. Le complot devait être exécuté le 13 juillet, mais, dès le 2 juillet, un des conjurés révéla tout au conseiller Tillier qui donna l’éveil. Les conjurés furent aussitôt arrêtés et les principaux coupables condamnés à mort.
Ainsi qu’il arrive toujours dans des circonstances semblables, les fidèles sujets de l’Etat s’empressèrent d’envoyer au gouvernement des adresses de félicitations et de dévouement. Voici celle du Conseil de Rolle, datée du 15 juillet 1749

Illustre, Haut et Puissant Seigneur,
Au premier bruit qui se répandit d’une conspiration qui devait s’être tramée contre le gouvernement A Leurs Excellences nos Souverains Seigneurs, nous ne pûmes nous persuader qu’il se trouva des personnes assez dénaturées pour seulement penser à faire une telle entreprise, mais ayant ensuite appris la certitude de cette triste nouvelle, nous prenons liberté A témoigner à Votre Excellence s véritable douleur et toute l’horreur qu’elle nous a causées, et l’assurer en même tems A notre fidélité la plus inviolable pour le maintien d’un Gouvernement aussi doux et aussi équitable que l’est celui A notre Gracieux Souverain. Il est en effet si doux, Haut et Puissant Seigneur, que de tous les peuples de l’univers, les sujets de LL. EE dont nous avons le bonheur d’être du nombre, se peuvent vanter d’être Ies plus heureux. Il est si vrai, Haut et Puissant Seigneur, que leur domination est douce, qu’elle ne se fait sentir et connaître que par des marques de bonté, de clémence et de charité. Elles viennent d’en donner des preuves toutes récentes à leurs sujets en leur faisant distribuer du grain et du pain à un prix très modique, sans quoy ils se seraient vus exposés à la dernière misère, ce qui a réjoui tant de milliers de personnes et les a touchés de la plus vive reconnaissance et les a portés à renouvelles leurs prières pour un souverain aussi charitable.
Nous avons donc, Haut et Puissant Seigneur, bien de justes sujets d’adresser nos actions de grâces les plus humbles et les plus ferventes à ce Grand Dies de ce qu’il lui a plu par le fait de sa divine bonté que cette conjuration qui nous a paru des plus détestables et des plus horribles et à laquelle on ne peut penser sans frémir, ait été si heureusement découverte ; veuille encore le Tout Puissant détourner de dessus l’Etat et de dessus les Illustres Membres qui k composent tous pernicieux complots et machinations et le maintenir, protéger et faire fleurir jusques à la fin des siècles ; ce sont là, Haut et Puissant Seigneur, nos vœux les plus ardents et les plus sincères. Nous en faisons aussi en particulier, pour prospérité et la conservation de Votre Excellence de laquelle nous avons l’honneur d’être avec le plus profond respect Illustre, Haut et Puissant Seigneur
Les très humbles, très obéissants et très soumis serviteurs,

Rolle, ce 15 juillet 1749.
Le Gouverneur et Conseil de la Ville de Rolle.