Guide de voyage vers 1920 – Rolle

Tram Rolle Gimel devant le restaurant de la gare de Rolle

ROLLE  378 m., chef-lieu du district de ce nom, au bord du Léman, à 24 km. 0.-S.-0. de Lausanne, à 32 km. N.-N.-E. de Genève, sur la route et sur la ligne de chemin de fer qui retient ces deux villes. Station de la ligne Lausanne-Genève, débarcadère des bateaux à vapeur. Point de départ du tramway Rolle-Gimel, auquel l’énergie est fournie par la société des forces de Joux. Voiture postale. Rolle-Gilly-Begnins. Routes. sur Gilly-Trélex-Saint-Cergtes. Gilly-Burtigny-Saint-Cergues-Marchairuz ; Rolle-Mont-Essertines. Bureau des postes; télégraphe, téléphone. La population était de 1323 h. en 1803, de 1591 en 1860, de 2025 en 1900, répartis en 218 mais.; bourgeois 126; Vaudois 1064; Confédérée 525; étrangers 310. 1687 prot., 325 cath.,18 d’autres confessions. 1755 ont pour langue maternelle le français; 197 l’allemand – 53 l’italien; 20 d’autres langues. La ville seule compte 178 mais., 1704 h. Paroisse protestante; église protestante libre; paroisse catholique. Au N. et à l’O., ‘Rolle est dominée par la Côte dont les pentes sont couvertes, en haut de forêts, en bas de vignobles renommés. A une heure à peu près au N.-N.-E., se trouve le Signal de Bougy, dont la vue magnifique attire chaque année de nombreux visiteurs. Du côté de l’E. et’ du S., la vue s’étend sur le Jorat, les Alpes fribourgeoises et vaudoises et celles de la Savoie; le Salève, le Léman en entier. La ville ne forme guère qu’une rue longue et large, parallèle au lac. Les maisons du côté du midi en sont séparées par une série de jardins d’un effet très pittoresque, unique sur la rive suisse. Ce qui ajoute au cachet de la ville, c’est l’île de la Harpe, créée de 1837-1841, qui se trouve à une centaine de mètres du bord. En fait de monuments historiques, Rolle ne renferme guère que son château, construit vers la fin du XIIIe siècle par un prince de Savoie. Il se trouve à l’orient de la ville, et forme un triangle régulier marqué aux angles par trois tours avec une cour au centre. C’est le siège du tribunal de district. Il renferme en outre les écoles de la ville : collège mixte, classique et industriel; 5 classes primaires; ‘la bibliothèque communale, riche en ouvrages de théologie et de droit, pour la plupart anciens ; les prisons de district.

Maison d’Allinge – Grand-rue à Rolle

Tout près du Château, on remarque la belle promenade des Tilleuls, la place d’Armes et la maison natale de Frédéric-César de la Harpe (plaque commémorative). Parmi les autres maisons particulières, on peut citer celle de l’ancien conseiller d’Etat Berney, ancienne maison d’Allinges, qui date du XVIe siècle. Un casino a été construit vers 1875 à l’extrémité occidentale de la ville; le grande salle sert de théâtre et de local de conférences et de réunions. Tout prés, sur le quai, une colonne météorologique, don de la société d’étudiante de Belles-Lettres, qui célèbre chaque année à Rolle sa fête de printemps. Le temple national n’offre rien d’intéressant. Autour de Rolle, on remarque de nombreuses et belles campagnes. Celle des Uttins, au sortir de la ville, du côté de Genève, fut longtemps propriété de la famille de la Harpe de Yens, branche aînée. La maison, avec le domaine qui l’accompagnait, fut confisquée par les Bernois et vendue en 1792 à la famille de Morsier de Perro. Elle servit pendant vingt ans de demeure au duc de Noailles et à sa famille. Dans les autres villas habitaient, à la fin du XVIIIe siècle et au commencement du XIX.e, une société élégante et choisie; marquis de Salgas, familles Rieu, Finguerlin, Desarts, Senebier, de Ribeaupierre, Tremblay, de Larrey, de Saint-Georges, Rolaz du Rosay, de Mestral, Passavant, de Roveréez, Favre, Eynard, Châtelain. Actuellement, ces campagnes ne sont plus habitées qu’une partie de l’année. Tout près de Rolle, au Nord, jaillissaient autrefois deux sources minérales, l’une sulfureuse, l’autre ferrugineuse. La seconde, recommandée au XVIII» siècle par les docteurs Tronchin et Tissot, jouissait en son temps d’une vogue considérable. Elle est perdue aujourd’hui; il a été question de la rechercher pour l’exploiter, si elle en vaut la peine, mais le projet a été abandonné.

La ville compte trois pensionnats de garçons et deux pensionnats de jeunes filles. Nombreuses sociétés de tout genre, comme dans tee autres villes vaudoises : société des soupes économiques ; société charitable, existant depuis deux siècles; bourse française qui remonte à 1685, date de la révocation de l’Édit de Nantes ; sociétés de secours mutuels, de gymnastique, de chant, de fanfare, de tempérance, de conférences, de sauvetage, de tir, de patinage, nautique, etc. Toutefois, chose extraordinaire, Rolle n’a pas d’abbaye. Les sociétés qui existaient sous le régime bernois, par exemple celle de l’Arc, se sont dissoutes par crainte de LL. EE. ensuite d’un fameux banquet qu’elles avaient organisé. Rolle est le centre du commerce des vins de la Côte; en 1900, la gare a expédié 18497 hl. pendant la vendange; il s’y est aussi établi plusieurs commerces de vins étrangers, qui ne font que trop d’affaires au gré des viticulteurs du canton. La ville n’est guère industrielle; cependant en y fabrique des pâtes alimentaires, des caisses d’emballage, des instruments de précision, des fourneaux de cuisine et des installations de chauffage de tout genre. Petits pains renommée, dits « petits pains de Rolle s. Ces dernières années, quelques bâtiments ont été construits près de la gare, qui tend à devenir le centre d’un quartier nouveau.

 

L’histoire de Rolle, dès sa fondation à la fin du XVIIIe siècle, est assez mal connue.

Château de Rolle vers 1960

Amédée V 1249 – 1323

En 1291, le comte Amédée V de Savoie possédait au bord du lac un château, nommé en 1295 Castrum Rottuli qu’il avait inféodé à Aymon de Sallanova. Le 7 décembre 1294, le comte Amédée et son frère Louis, seigneur de Vaud, échangèrent des terres et des fiefs. Louis reçut le château, la ville et mandement de Nyon, Amédée se réserva le fief sur le château et mandement de Rolle sous des conditions qui montrent que Louis désirait ardemment en devenir propriétaire. Le 1er mars de l’année suivante, Jean de Greilly succède à Sallanova dans la seigneurie du château de Rolle, qu’il reconnaît tenir en fief du comte de Savoie, et que sa famille garde pendant plusieurs générations. En 1314, Louis II de Savoie, baron de Vaud, qui recevait depuis quelque temps l’hommage du seigneur de Rolle, cède le château, avec d’autres villes, à son oncle Amédée V, mais le château lui est rendu dix ans après en récompense de ses services. En 1330, Louis II de Savoie songe à élever auprès du château une ville que deux seigneurs de Mont-le-Grand, l’oncle et le neveu, nommés tous les deux Ebal, étaient censés devoir bâtir par moitié et fermer de palissades dès 1261. A peine le sire de Vaud avait-il commencé à élever cette ville nouvelle, libre et franche », près du château de Ruelloz, que les seigneurs de Mont-le-Grand, l’oncle et le neveu, tous deux nommés Jean, lui suscitèrent des difficultés, prétendant que le territoire sur lequel on la construisait relevait de leur juridiction, et qu elle leur causerait un préjudice. Ce différend se termina par un accord stipulant entre autres que le sire Jean des Monts et son neveu auraient perpétuellement le vidomnat et la mestralie de Rolle avec tous les droits et revenus qui en dépendent, et que la moitié des fours et moulins construits par Louis II à Rolle avec leurs revenus leur appartiendraient. De cet accord date la fondation de la ville. Le château resta, sous la suzeraineté du seigneur de Vaud, dans les mains de la famille de Greilly, qui a été la tige de la seconde race des comtes de Foix. A la fin du XIVe siècle, Archambaud, seigneur de Grailly et de Rolle, épousa Isabelle de Foix, et fut père de Gaston, qui lui succéda dans la seigneurie de Rolle, et prit le nom de Foix. Possesseur de nombreuses terres en Guyenne, il prit parti, dans la guerre de Cent ans, pour le roi d’Angleterre, et assista à la bataille d’Azincourt (1415). Il n’eut qu’un fils, Jean de Foix, qui fut fait prisonnier par les Français à Castillon en 1453. Pour payer la rançon de ce fils Gaston vendit toutes les propriétés de sa famille sur les bords du Léman (terres de Rolle, Greilly et Ville-la-Grand) dans le duché de Savoie. La seigneurie de Rolle fut acquise par Amédée de Viry, seigneur de Mont-le-Vieux, qui réunit les deux seigneuries en sa main, et en transporta le siège au château de Rolle, auquel il fit d’importantes réparations. Il y ajouta entre autres la tour du Nord, appelée longtemps tour de Viry. Dès l’an 1531. la seigneurie de Rolle et de Mont-le-Vieux était aux mains de Jean-Amédée de Beaufort, qui fut un des membres les plus actifs de la confrérie de la Cuiller. Il prêta hommage à LL. EE. de Berne le 18 avril 1513. Sa vie aventureuse lui avait fait contracter de nombreuses dettes, et il avait été cautionné par le comte Michel de Gruyère. Pour se couvrir de ses avances, celui-ci entra en possession, en 1550, des terres de Rolle et de Coppet. Mais, obéré lui-même, il dut, pour payer ses créanciers, se défaire de toutes les belles seigneuries qu’il possédait dans le pays. Celle de Mont-le-Grand fut acquise en 1553, et celle de Rolle et de Mont-le-Vieux en 1558 par un des plus riches seigneurs de la république de Berne, Jean Steiger, trésorier du Pays romand, dans la famille duquel la seigneurie de Rolle resta jusqu’à la révolution de 1798. Le dernier seigneur fut Charles. Kirchberger, époux de Sophie Steiger.

A la fin du XVIII. siècle, les idées nouvelles avaient trouvé à Rolle un terrain bien préparé. Deux hommes surtout, Amédée de la Harpe et son cousin Frédéric-César de la Harpe travaillèrent à les propager. Le 14 juillet 1790 et le 15 juillet 1791, des banquets furent organisés  par les sociétés de l’Arc du pays pour célébrer l’anniversaire de la prise de la Bastille. Des toasts enflammés y furent prononcés. Au banquet de 1791, présidé par A. de la Harpe, on chanta le Ça ira et d’autres chansons révolutionnaires. Des mesures sévères forent prises par Berne contre les organisateurs de cette démonstration. Amédée de la Harpe fut condamné à mort, et ses biens furent confisqués; mais il put heureusement s’enfuir et fit en France, comme militaire, une carrière brillante. Le 18 novembre 1904, une plaque commémorative rappelant ses services a été placée sur la façade d’une maison qui borde la place des Tilleuls. Plusieurs autres participants à cette réunion, entre autres J.-J. Cart, durent aussi quitter le pays.

L’île de la Harpe a une histoire très peu connue en dehors de la localité et elle jette un jour curieux sur l’état d’esprit du canton entre 1830 et 1845. La ville de Rolle, débouché naturel des produits d’une quantité de communes, et surtout des bois du Jura qui s’expédiaient à Genève, avait besoin d’un port et de quais de déchargement. Subvention cantonale, bourse communale et particuliers concoururent à leur création (1835). Cela fait. on sentit la nécessité d’avoir un abri pour les barques, Des souscriptions volontaires permirent l’établissement d’une jetée de 120 m. de longueur à vent, et d’une autre de même longueur à bise. Cette dernière reposait sur tin bas-fond qui, dit une pétition adressée au Conseil d’Etat pour obtenir un subside cantonal. a avait déjà, d’après toutes les apparences, été une Île dans les temps anciens, ce qu’on doit présumer par une multitude de pieux en chêne qui y étaient plantés. Le Comité créé dans ce but résolut d’en a former une île, dont les plantations contribueraient à abriter les barques, et qui se présenterait sous un aspect fort agréable. Sans se soucier autrement de ce que pouvaient avoir été ces pieux, le Comité rollois fit remblayer a ce bas-fond à peine recouvert d’un pied et demi d’eau quand le lac était bas. Sur ces entrefaites (30 mars 1838), Frédéric-César de la Harpe mourait a Lausanne, et la commission de l’île décida de donner à celle-ci le nom du grand citoyen qui avait vu le jour dans une maison située en face et d’y élever un monument à sa mémoire. L’île fut inaugurée le 26 septembre 1844, et cette cérémonie donna lieu à une manifestation publique. Le major Frei-Hérosée, d’Aarau, et un député du Tessin, Luvini, prononcèrent, après le président du comité, des discours violents. Les représentants du Conseil d’État vaudois, en revanche, gardèrent un silence complet. Le comité du monument, mécontent déjà de n’avoir pu obtenir de subventions du canton, trouva dans ce fait un nouveau motif de travailler à la chute du régime établi. Le monument de la Harpe a été construit sur les plans de l’architecte Veyrassat, à Lausanne. Sur les faces, on a placé des médaillons dus au sculpteur Pradier. Le principal porte l’inscription suivante ;

A la mémoire du Général de la Harpe, précepteur de l’empereur de Russie Alexandre Ier, directeur de la République helvétique, citoyen suisse des cantons de Vaud, Argovie et Tessin, né à Rolle le 6 avril 1754, mort à Lausanne le 30 mars 1838, ce monument a été élevé par la reconnaissance nationale. » Quant aux pieux qui se trouvaient sur l’emplacement de I’île de la Harpe, c’étaient le restes d’une station lacustre. Cette station n’a pas été entièrement recouverte, et les fouilles qu’on y a faites plus tard ont montré que c’était une station de l’âge du bronze. Les pilotis, nous dit l’ancien conseiller d’État Bernay, âgé aujourd’hui de 85 ans, étaient rangés en lignes parfaitement régulières, et les vieux pêcheurs de 1830 croyaient que, dans les tout anciens temps, ils avaient soutenu un vaste plancher sur lequel se tenait le marché de Rolle. On sait que ce ne fut que dans l’hiver de 1853 à 1854 que Ferdinand Keller donna la véritable explication des restes analogues qui furent trouvés d’abord dans le lac de Zurich.

Parmi les notabilités rolloises, il faut citer, outre les deux de la Harpe, Rolaz du Rosey, mort en 1704, qui fut major de cavalerie dans les troupes de l’électeur de Brandenbourg, et déploya une grande valeur dans les campagnes de Hongrie de 1691 à 1694; Louis Bouquet (1704-1781), lieutenant-général au service de la Hollande: le générai Henry Bouquet, neveu du précédent, né à Rolle en 1715, qui, entré à dix-sept ans au service de la Hollande, s’enrôla plus tard en Angleterre dans le Royal-Américain. Il mourut en 1765. Jean-Marc-Louis Favre, né à Rolle en 1733, mort en 1793, juriste remarquable dont le nom revient souvent dans les lettres de la famille Necker et dans celles de Jean de Müller ; il fut l’ami et le conseiller de F.-C. de la Harpe, et a laissé à la ville une partie de sa riche bibliothèque. Jean-Gabriel Eynard, le philhellène bien connu, séjourna à plusieurs reprises prés de Rolle, où sa famille possédait la campagne de Beaulieu. Philippe-Louis-Emmanuel de la Harpe, fils d’Amédée (1782-1842), fut landamman du canton de Vaud en 1830, député à la Diète fédérale, conseiller d’État; on lui doit des travaux de droit pénal. JeanLouis-Henri Manuel,1790.1838, qui fit ses premières études à Rolle où il était né, fut pendant onze ans pasteur français à Francfort sur-le-Main, puis à Lausanne; il a laissé d’assez nombreux écrits ; le poète et littérateur Jean-Jacques Porchat, né près de Vandoeuvres en 1800 et mort en 1864, fit, lui aussi, ses premières études au collège de Rolle. Rolle est la patrie du peintre Louis-Auguste Brun, 1758 – 1815.

Jean-Gabriel Eynard 1775 – 1863

Portrait de Louis-Auguste Brun par Benjamin Samuel Bolomey.

 

 

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