Lettres de la Marquise de M*** 1748

Une marquise à qui on ne la fait plus analyse si bien les mécanismes du désir qu’elle se prend à son propre piège, tombe amoureuse et en meurt – sans cesser de l’écrire. Par ce premier roman publié en 1732, Crébillon fils (1707-1777) donne ses lettres de noblesse au roman épistolaire.

« Je ne veux pas aimer », proclame la Marquise de M*** dans sa première lettre, comme si cette affirmation devait définitivement la mettre à l’abri de l’amour & de ses tourments.

Les soixante-neuf lettres qui suivent, toutes de sa main, diront exactement le contraire, mettant en scène avec une étonnante précision tous les états contradictoires que connaît une âme amoureuse : « Brouilleries, raccommodements, caprices, fureurs, larmes, joie, jalousie, crainte, désirs, désespoir ; & quoique ces mouvements soient variés en eux-mêmes, c’est toujours l’amour qui les fait naître, c’est l’amour qui les détruit… » (lettre d’introduction)

Mariée contre son gré à un homme qu’elle finit par aimer avant de s’apercevoir qu’il la trompe, la Marquise, en manque d’amour véritable, est prête, sans le savoir, à aimer quiconque lui semblera sincère.

Consciente de la folie amoureuse qui peu à peu la gagne, elle ne fera rien pour la contrecarrer, mettant tout son talent à analyser elle-même le chaos permanent qu’est devenue son existence.

De cette correspondance, l’auteur nous donne uniquement à lire les lettres de la femme ; à nous, dès lors, de reconstituer la part manquante du drame, d’imaginer les mots & les actes de l’Autre. Tentative qui souvent tourne court, car l’homme aimé disparaît parfois de lui-même, vampirisé par la passion dévorante qu’il inspire à la Marquise de M***, unique sujet réel du livre.

D’ailleurs, est-ce un homme qu’elle aime, ou l’idée d’un amour idéal qui, s’étant porté sur un être humain, ne peut que se dérober sans cesse à son désir ?

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