Le Martinet noir au Château

Vol de Martinets au Château de Rolle

Le château de Rolle est un des très rares exemples de nidification du Martinet noir sous passage couvert et à faible hauteur.

L’un des membres éminents de l’Association des Amis du Château s’appelle Bernard Genton, ornithologue passionné et passionnant. Nous lui devons d’avoir attiré notre attention sur cette particularité du Château de Rolle. Voir l’article paru dans le journal La Côte.

Caractéristiques

  • poids moyen : 42 g
  • longueur : 17 cm
  • envergure : 38 à 45 cm
  • longévité : entre 6 et 20 ans

Le Martinet noir (Apus apus) ressemble par sa silhouette et son vol rapide à une hirondelle, mais il n’y a pas de liens de parenté proches entre eux. Du bec au bout de la queue il mesure donc de 16 à 18 centimètres, son envergure moyenne est d’environ 40 centimètres. Au contraire de l’hirondelle, nettement plus petite et à la poitrine blanche ou crème, le plumage du Martinet noir est entièrement noir-anthracite, sauf une petite tache claire sur la gorge.

Comportement

Exceptionnel voilier, le martinet peut atteindre des vitesses de 140 km/h et passe plus des ¾ de sa vie à voler, sans jamais se poser. Il n’entre en contact avec une surface solide que lors de sa nidification, de mai à juillet, sous nos toits. Il ne se trouve à terre que suite à un accident. Sa vitesse en fait l’un des animaux les plus rapides. Extrêmement précis, il est capable de pénétrer dans un petit trou de mur, où il a installé son nid, sans diminuer son allure : 1 mètre avant d’entrer, sa vitesse est de 60 à 70 km/h.

Le martinet noir se nourrit d’insectes, sorte de plancton aérien qu’il recueille, au vol, de 70 cm au-dessus du sol et jusqu’à plus de 3 km d’altitude. Il capture plus de 500 espèces différentes d’insectes et il est capable de différencier et de sélectionner, en plein vol, des espèces très ressemblantes dont l’une pique et l’autre pas. Si les conditions météorologiques ne permettent pas une alimentation suffisante, le martinet peut changer de région en se déplaçant de plusieurs centaines de km.

Tous les soirs, les martinets montent à une altitude considérable (entre 1 000 et 3 000 m au-dessus du sol) et toutes les nuits, ils y dorment en groupes, en volant lentement, de façon circulaire ou au gré de courants aériens. Ils recherchent des courants ascendants et des zones d’inversion de température.

Dans les quartiers accueillant leurs nids, les grandes troupes tourbillonnantes qu’ils forment et les cris perçants qu’ils poussent sont caractéristiques. Ces poursuites stridentes dans lesquelles on observe beaucoup de jeunes adultes non nidificateurs marquent les limites du territoire d’une colonie de martinets. Elles se déroulent selon des trajectoires traditionnelles transmises de génération en génération. La ronde traditionnelle des martinets du Château de Rolle pénètre dans la cour intérieure par l’aile Nord (vers les bouleaux), tourne devant l’aile Est au-dessus du niveau des arcades (dans le sens des aiguilles d’une montre), puis longe l’aile Sud et sort de la cour pour aller tourner au-dessus des jardins à l’Ouest. La troupe recommence alors ce cycle et enchaîne ainsi généralement plusieurs rondes successives.

Nidification et reproduction

De nos jours, les martinets construisent leurs nids dans des anfractuosités de murs et de toits, ils ne s’installent donc généralement que dans les villes et les villages. Ils sont fidèles à leur nid qu’ils réutilisent chaque année. La maturité sexuelle est atteinte à partir de la 3e année.

Ils nichent dès la mi-mai : la ponte comprend en règle générale 2 à 3 œufs blancs, déposés chacun à 2 jours d’intervalle. Ils sont couvés pendant 18 à 25 (en moyenne 21) jours, alternativement par les deux membres du couple.

Jeunes au nid peu avant leur envol

Les deux parents s’occupent de l’alimentation des jeunes, ces derniers quittent le nid en moyenne à l’âge de 42 jours. Les adultes stockent les insectes qu’ils capturent dans leur gorge, ce n’est que lorsque cette balle atteint environ 2 g qu’ils reviennent nourrir leurs petits. Cette boulette nutritive comprend 450 insectes (!) en moyenne.

Une longue période pluvieuse et fraîche peut mettre les adultes en difficultés, car ils ne trouvent plus assez de nourriture pour à la fois survivre eux-mêmes et nourrir leurs petits. N’étant plus alimentés, les jeunes tombent alors dans un état d’engourdissement, sorte de pseudo-hibernation : leur coeur bat plus lentement et la température du corps baisse; ils peuvent survivre ainsi pendant près de 2 semaines. Le beau temps revient généralement à temps, permettant ainsi la reprise des nourrissages : tout reprend alors normalement son cours jusqu’à l’envol des jeunes. Il n’est pas rare qu’à ce moment de l’envol des jeunes les parents aient déjà débuté leur migration vers l’Afrique. Dès ce moment crucial appelé envol initial, tous les jeunes doivent se débrouiller tout seuls, en quelques heures, pour apprendre à chasser. Dès lors, sauf exception, ils passeront près deux ans sans jamais se poser.

Les dépressions océaniques provoquant des périodes de mauvais temps continu au moment de la nidification peuvent certaines années décimer les colonies de martinets (adultes reproducteurs et poussins). Seul le comportement particulier des jeunes adultes non reproducteurs peut les sauver : ces derniers peuvent se déplacer de plus de 1 000 km pour aller se nourrir dans d’autres régions où règne le beau temps, puis ils reviennent à la colonie dès que la météo le permet.

Migration

Le Martinet noir est une espèce migratrice qui occupe en été une aire de nidification couvrant une grande partie de l’Eurasie (Europe, Russie, bassin méditerranéen, Proche Orient, Asie centrale, nord de la Chine). Son arrivée chez nous a lieu à fin avril-début mai.

A fin juillet-début août, il nous quitte pour rejoindre son aire d’hivernage qui s’étend sur la quasi-totalité du continent africain situé au sud de l’équateur. Selon le pays européen où il niche, le voyage vers les contrées africaines où il hiverne comptera de 6 000 à 10 000 km. Au printemps suivant, son périple de retour représentera la même distance.

Autres espèces du genre Apus visibles en Suisse et en France

  • Apus melba ou Tachymarptis melbaMartinet à ventre blanc ou Martinet alpin ou encore Martinet royal. Ce grand martinet deux fois plus lourd que le Martinet noir se rencontre dans des colonies rupestres des Alpes suisses, dans de nombreuses villes du Plateau suisse, dans le sud-est de la France et le pourtour de la Méditerranée.
  • Apus pallidusMartinet pâle. Difficile à distinguer du Martinet noir, surtout méditerranéen (une seule colonie en Suisse : à Locarno).

Raréfaction des martinets

Les constructions modernes n’offrent plus guère de sites de nidification favorables à cette espèce, originellement inféodée aux falaises, et qui avait trouvé dans les constructions humaines traditionnelles (tours, clochers, bâtiments élevés en pierres) des sites favorables (dessous de toit, trous entre les pierres). Les rénovations de bâtiment les privent aussi malheureusement de nombre de cavités soigneusement colmatées pour cause (bien légitime) d’isolation thermique.

Attirer le martinet noir pour nicher

Le Martinet noir niche donc à l’intérieur de nos maisons : il entre par diverses anfractuosités et fait de préférence son nid au haut des murs des bâtiments, dans les sous-toitures et dans les charpentes des toits. Les Martinets noirs nichent, quand ils en ont la possibilité, en colonies; ces dernières peuvent compter jusqu’à plusieurs douzaines de couples. A titre d’exemple, le complexe scolaire du Belvédère, à Lausanne, compte plus de 100 couples.

Les conditions de vie des martinets noirs se sont aggravées dans les dernières décennies, les places pour nicher disparaissent, car les vieux bâtiments sont abattus ou rénovés et les nouveaux bâtiments n’offrent que rarement des refuges adéquats pour les oiseaux. Depuis longtemps déjà les protecteurs des oiseaux essayent d’aider les martinets noirs avec des nichoirs. Mais le martinet noir ne trouve pas si facilement les nichoirs mis à sa disposition, car il a tendance à rechercher prioritairement des structures architecturales qui ressemblent à celles où il est né; les étourneaux et les moineaux sont beaucoup plus ingénieux sur ce point.

Lorsqu’il revient d’Afrique la première fois, le jeune martinet noir a presque 1 an et cherche contact avec une colonie existante, souvent avec celle de sa naissance. Avant qu’il ne trouve une place libre, des années passent. Beaucoup d’oiseaux ont 3, 4 ou 5 ans quand ils nichent pour la première fois. Les Martinets noirs non-nicheurs effectuent souvent, matin et soir, leurs rondes aériennes qui passent à proximité immédiate des nids occupés par des reproducteurs. Tout en volant, ils émettent des cris soutenus. Les congénères nicheurs leur répondent de l’intérieur avec des cris nommés cris-réponse. De longues recherches en Allemagne et en Hollande prouvent que l’on peut attirer le Martinet noir à un endroit précis pour qu’il niche, en émettant des cris-réponse provenant d’un enregistrement (CD disponible gratuitement à Sempach). L’attention des non-nicheurs est alors attirée sur les nouveaux nichoirs, ou sur ceux laissés libres depuis des années. L’occupation de nichoirs libres grâce à ces enregistrements est souvent tardive dans la saison, elle débouche donc rarement sur une ponte la même année, mais elle assure presque toujours leur retour l’année suivante, avec reproduction cette fois-ci.

Veuillez observer les points suivants:

Les nichoirs pour Martinets noirs doivent être fixés sur des bâtiments loin du sol, au moins à 4 ou 5 mètres de haut, et plus si possible. La trajectoire d’envol ne doit pas être entravée par des arbres. Les nichoirs ne peuvent être fixés du côté sud que s’ils sont protégés du soleil par des balcons, des toits ou des corniches, à part ça toutes les orientations sont favorables si la protection contre la pluie et le soleil du milieu de journée est assurée.

Les Martinets noirs du Château de Rolle

Le Château de Rolle a été équipé de nichoirs à martinets voilà une vingtaine d’années. Ces aménagements ont été réalisés par M. René Clerc, de Saint- Oyens, avec le soutien du Service de la faune et avec l’aide du C.O.R.

La Tour carrée, bordant le lac au sud, accueille 29 nichoirs répartis sur ses faces côté ouest, côté lac et côté est. Leur occupation est moyenne à cause de dispositions toutes sensibles aux vents et à la concurrence avec les Moineaux domestiques.

Dans la cour intérieure, les façades sud-est et sud-ouest sont chacune équipée d’une quinzaine de nichoirs (29 aussi en tout), leur occupation est excellente : elle avoisine le 90% de nichoirs où nichent des martinets. Quelques cavités « naturelles » y sont aussi occupées en plus.

Le promenoir pavé sous arcades est parsemé d’une quinzaine de cavités « naturelles » : selon les années, 2 à 5 d’entre elles sont occupées par les martinets. C’est là la grande originalité de la colonie rolloise : dans toute l’aire euro-asiatique du Martinet noir, les cas de nidification en milieu couvert et semi-fermé, comme ici, sont rarissimes. Le nombre de sites de ce type connus se comptent à peine sur les doigts d’une main. Dans ce promenoir sous voûtes, voir, ouïr et sentir le souffle des ailes de martinets qui passent 1 m à côté de votre tête est une émotion rare !

Le ballet de la ronde traditionnelle de la colonie de la cour du Château, décrite plus haut dans le § Comportements, et comptant parfois jusqu’à plus de quarante individus dansant et criant, est un spectacle magnifique. Par son effectif, sa trajectoire et l’amplificateur sonore constitué par la cour intérieure, c’est une des rondes traditionnelles de martinets les plus spectaculaires de toute la Suisse romande.

Sources

La Hulotte n°78 et n°79 (http://www.lahulotte.com/)

GENTON, B. & JACQUAT, M.S. (2014) : Martinet noir : entre ciel et pierre. Cahiers du MHNC n° 15, Editions de la Girafe, La Chaux-de-Fonds.

  • Texte : adapté d’Erich Kaiser, puis régionalisé

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