Notice sur l’infirmerie de Rolle

Le 25 Mars 1861, à 1 heure de l’après-midi, une foule nombreuse se pressait dans le temple de Rolle.

Que se passait-il donc pour que les gens de la ville et des villages voisins vinssent ainsi, au nombre de six ou sept cents personnes, témoigner par leur présence l’intérêt qu’ils portaient à ce qu’ils allaient entendre ?

Ce jour-là on inaugurait une Infirmerie ou petit hôpital, destiné à recevoir quelques malades, et cet établissement ne contenant aucune salle suffisamment vaste, la Municipalité de Rolle avait bien voulu mettre le Temple à notre disposition afin de pouvoir y réunir le grand nombre d’auditeurs venus pour assister au service d’inauguration.
Après la prière d’ouverture prononcée par M. le pasteur J. Chatelanat, M. le pasteur Louis Germond, président du Comité de l’Infirmerie, raconta en quelques paroles le but de cette œuvre, quelle serait son organisation et par quels moyens elle essaierait de soulager les misères du corps et de l’âme de ceux qui viendraient s’y faire soigner.

Le vénérable directeur de l’Hospice de St-Loup, œuvre des Diaconesses, de l’abnégation et du dévouement de M. Germond , entretint ensuite l’assemblée de l’oeuvre de ces dignes servantes du Seigneur, des services qu’elles sont particulièrement appelées à rendre dans un hôpital, en mettant à la disposition des malades l’habitude de soins intelligents et l’expérience qu’elles ont acquise précédemment à St-Loup. Il parla aussi du bien que des établissements semblables à l’Infirmerie sont appelés à faire, non-seulement à ceux qui en profitent directement, mais encore à toutes les personnes qui s’y intéressent. Il y a comme une sorte de sainte contagion d’amour divin et de bienfaisance qui rayonne tout autour de ces maisons, et si, pour se soutenir, elles ont besoin de la participation des cœurs et des bourses de chacun, elles rendent aussi le bien qu’on leur fait en stimulant le zèle et l’esprit de sacrifice dans les populations avoisinantes, et l’un des meilleurs résultats de ces œuvres de charité chrétienne est d’émouvoir à une sainte jalousie un grand nombre de personnes dont le cœur est touché par de semblables manifestations de la foi et du dévouement.

Après les excellentes paroles d’encouragement de M. Germond père, l’assemblée entendit M. Jules Delapierre , de Nyon, qui, tout en lui adressant un appel sérieux et incisif, exprima les meilleurs vœux pour que l’Infirmerie, qui primitivement devait être fondée à Nyon, pût faire à Rolle tout le bien auquel elle était destinée.
M. Garin, directeur de l’Infirmerie d’ Yverdon, apporta aussi à l’œuvre naissante son tribut de sympathie et insista auprès de ses auditeurs pour qu’ils sentissent le privilège et en même temps la responsabilité de posséder à Rolle un établissement comme l’Infirmerie.

Puis M. Ph. Boucher, de Paris, et M. Louis Bridel, de Lausanne, terminèrent la séance, l’un, par quelques éloquentes paroles sur la fidélité de Dieu, l’autre par une prière pleine d’onction qui laissa une douce et sérieuse impression à tous ceux qui l’entendirent.
Après le chant d’un cantique, la foule se retira et un très-grand nombre de visiteurs allèrent voir l’Établissement, dont il venait de leur être parlé.

Cette journée du 25 Mars fut une journée sérieuse et bénie pour les personnes qui s’étaient particulièrement occupées de l’organisation de l’Infirmerie;en voyant leur tâche achevée, la maison prête à recevoir les malades, leur cœur était plein de gratitude envers Celui qui, en permettant la réussite de leurs efforts, les avait comblées de ses plus riches bénédictions. Les difficultés, les fatigues, les sollicitudes des mois précédents ne leur paraissaient plus rien, tant le résultat obtenu leur semblait grand et désirable, et tant elles étaient humiliées d’avoir si peu fait pour atteindre ce but. Dans ces heures solennelles de la vie, la parole humaine est impuissante pour rendre les sentiments qui remplissent le cœur, mais l’âme trouve avec joie dans la Parole de Dieu l’expression de sa reconnaissance, et dans ce beau jour, le Psaume CIII répondait admirablement à toutes les aspirations de nos cœurs.

Commencées les premiers jours du mois de Septembre 1860, les réparations de l’ancienne maison Laeser avaient été rapidement conduites, et ceux d’entre les visiteurs, qui la connaissaient autrefois, pouvaient surtout apprécier tout ce qui avait été fait dans moins de sept mois. Sans doute, le jour de l’inauguration, il restait encore bien des choses à finir autour de la maison, le jardin n’était qu’un chaos où gisaient pêle-mêle les débris des constructions, mais l’intérieur même de la maison était entièrement terminé, les lits et les meubles placés, la cuisine complètement garnie, et en songeant à tout ce qui avait dû être réparé et créé dans la plus mauvaise saison et pendant l’hiver humide de 1861, nous n’avons que des actions de grâce à rendre au Seigneur qui a permis qu’aucun accident ne vînt suspendre le cours des travaux. Nous désirons aussi adresser de vifs remerciements à M. Jules Simon, de Rolle, entrepreneur de nos réparations et qui les a menées, non seulement avec habileté et promptitude, mais encore avec un zèle et un désintéressement dont nous sommes heureux de pouvoir lui témoigner ici notre satisfaction et notre reconnaissance.
C’est en parcourant la maison dans tous ses détails que l’on peut bien juger des changements qui ont dû y être apportés pour l’approprier à sa nouvelle destination, et si nos lecteurs le veulent bien, nous les engageons à nous suivre et à visiter l’Infirmerie avec nous. La première chose qui frappe nos regards, en livre de Samuel qui se détache en lettres noires sur le fond gris clair des murs : « L’Éternel est celui qui approchant de la maison, est le beau passage du ler fait mourir et qui fait vivre; qui fait descendre au sépulcre et qui en fait remonter » (1 Sam. Il, 6); puis nous ouvrons la porte, surmontée d’une jolie plaque de marbre noir avec le nom de l’Infirmerie en lettres d’or (cadeau d’un ami de l’Établissement) et nous nous trouvons dans un corridor qui traverse la maison en aboutissant au jardin, et sur lequel s’ouvrent toutes les pièces du rez-de-chaussée.

Ce rez-de-chaussée était autrefois divisé en quatre pièces; nous avons choisi une des chambres au soleil pour la destiner spécialement aux blessés qui peuvent ainsi y être amenés sans monter d’escaliers, l’autre pièce au midi est la salle à manger, et vis-à-vis de celle-ci, au nord, est la cuisine; nous avons dû la changer complètement et y faire poser un potager en fer et un nouveau lavoir ; la quatrième chambre a été coupée en deux; l’une des parties est consacrée au Bureau; l’autre est la chambre à coucher d’une de nos diaconesses. Des couloirs et corridors ont été construits pour faciliter le service, la communication avec un ancien hangar attenant à la maison et rendre chaque pièce indépendante. Ce hangar, dans lequel nous allons passer et qui est de plain pied avec le rez-de-chaussée, a subi de fort notables changements ; ce n’était qu’un chantier de charpentier et nous y avons établi toutes les dépendances indispensables à une Infirmerie. Ainsi nous y avons installé une chambre de bains (avec faculté d’en avoir une seconde), une chambre à repasser, une vaste buanderie avec tous les engins nécessaires, une chambre mortuaire et une petite pièce où les malades peuvent, dans certains cas, être lavés à leur arrivée et où l’on donne aussi des bains soufrés. Des conduites fort bien entendues ont dû être creusées pour emmener les eaux des bains et des lessives. Une pompe refoulante avec réservoirs et tuyaux a été établie aussi dans ce hangar pour distribuer et porter l’eau nécessaire à la cuisine, à l’appareil à lessive et aux différentes baignoires. Dans un caveau souterrain nous avons fait construire un calorifère, se chauffant au coke, et qui, au moyen de conduites d’air chaud placées dans les murs, chauffera parfaitement toutes les pièces et les corridors de la maison. Nous avons eu soin de ménager des ventilateurs dans chaque chambre, de manière à y renouveler l’air.

Revenant sur nos pas et en nous retrouvant près de la porte d’entrée, un escalier neuf, en bois, nous conduit au premier étage, qui avait autrefois la même disposition que le rez-de-chaussée. La grande pièce, au-dessus de celle des blessés, a été coupée en deux pour pouvoir au besoin isoler un ou deux malades (l’un de ces cabinets sert de pharmacie), les chambres au-dessus de la salle à manger et de la cuisine n’ont point subi d’autre changement que les réparations de propreté et celles qui ont eu pour résultat de remplacer les cheminées par les bouches à chaleur du calorifère. Un large corridor, conduisant au hangar, est devenu la lingerie, en étant garni de vastes armoires; l’étage de ce dit hangar qui n’était fermé que de trois côtés l’a été du quatrième et sert de séchoir pour le linge. La chambre de notre Diaconesse directrice a été remise entièrement à neuf; elle est au-dessus du bureau et de la petite chambre de notre autre sœur et communique avec celle-ci au moyen d’un tuyau acoustique. Le galetas est fort grand; nous y avons établi une mansarde pour la cuisinière et d’autres dépendances pour le linge et diverses provisions qui doivent être gardées au sec. Nous avons aussi fait construire une galerie de bois sur la façade sud de la maison pour donner à nos malades la facilité de sentir l’air sans descendre l’escalier.

Telle qu’elle est maintenant, la maison contient dix lits de malades adultes et deux lits d’enfants; nous avons en outre deux lits pour nos diaconesses et un pour la cuisinière. Plus tard, et si le besoin s’en fait sentir, nous pourrons facilement avoir trois ou quatre lits de plus sans faire de grands changements. Le jardin est maintenant entièrement arrangé; nos premières fleurs achèvent d’y fleurir, quelques carreaux de légumes nous ont prouvé que le terrain était bon et que nous pourrons nous en servir utilement, mais l’essentiel pour nous était d’avoir un endroit aéré et au soleil où nos malades puissent se tenir et respirer un bon air.

Notre visite à l’Infirmerie est maintenant terminée; il ne nous reste plus qu’à parler de l’essentiel, c’est-à-dire du but qu’elle est appelée à atteindre.
Son administration intérieure est des plus simples : le comité local se réunit toutes les semaines pour décider les questions pendantes, le comité général se rassemble une fois l’an pour le règlement des comptes et pour entendre le rapport de la marche générale de l’Établissement; il pourrait au besoin être réuni extraordinairement dans des cas graves et exceptionnels.

L’admission des malades a lieu dans les mêmes conditions que dans les autres maisons du genre de l’Infirmerie. En principe, nous recevons tous les malades sans aucune exception de culte ou de nationalité : — Vaudois, Suisses ou Étrangers, protestants ou catholiques, hommes, femmes ou enfants, tous ont le même droit à être reçus à l’Infirmerie. Mais comme aucun établissement ne peut subsister, s’il n’est basé sur l’ordre et la régularité, il y a une marche à suivre pour qu’un malade puisse être admis, et cette marche, la voici : Le médecin qui soigne telle ou telle personne, doit envoyer au Comité de l’Infirmerie une demande d’admission, en indiquant les noms et prénoms du malade, le genre de sa maladie et les raisons pour lesquelles il ne peut être soigné chez lui et par sa famille. Le Comité examine s’il y a lieu à donner suite à la demande et, dans le cas affirmatif, remet la lettre du médecin déclarant (celui qui a fait la demande d’admission) au médecin de service de l’Infirmerie, qui, après avoir pris connaissance du fait dont il s’agit, déclare que, selon lui, le malade est admissible ou non-admissible; la non-admissibilité absolue n’existe que pour les malades atteints de phtisie bien déclarée, de petite vérole, de gale et d’aliénation mentale. Si les conditions d’admissibilité sont remplies et, quand il y a de la place pour recevoir le malade, le Comité prononce son admission, et le Président envoie au malade un bulletin signé, avec lequel il se présente à l’Infirmerie au jour indiqué. Lorsque le Comité a prononcé l’admission d’un malade dans un moment où il n’y a pas de lit vacant, le Président donne cette explication en ajournant la réception du malade au moment où il y aura une place vide. Une seule exception est faite à ces conditions d’admission, ce sont les « cas d’urgence, » où les diaconesses sont autorisées à admettre immédiatement à l’Infirmerie les victimes d’un accident qui ont besoin de recevoir de prompts secours.

La durée du séjour des malades à l’Infirmerie dépend naturellement de leur maladie, nous désirons les garder non-seulement jusqu’à leur guérison, mais encore jusqu’à ce qu’ils aient repris, avec leurs forces, la possibilité de reprendre leurs travaux sans risquer de retomber malades. Pour les gens occupés et surtout pour les gens de la campagne, c’est la convalescence qu’il importe de soigner, et dans un ménage d’ouvriers chacun sait combien il est difficile d’observer un régime convenable. Pendant leur séjour à l’Infirmerie les malades sont astreints au régime de la maison, qui dépend de leur état et qui est fixé par le médecin, lequel indique aussi la qualité et la quantité du vin qu’on doit donner à chaque individu.

Quant à la question du paiement que les malades auront à effectuer, il a été résolu qu’en principe chaque personne admise à l’Infirmerie fournirait une finance proportionnée à ses moyens; trois prix ont été décidés, et ceux qui peuvent payer eux-mêmes, ou pour lesquels des protecteurs ou des municipalités s’engagent de faire quelque chose, paient 75 c., I franc et I fr. 50 c. par jour ; il va sans dire que malgré cette différence dans les prix, les soins sont exactement les mêmes. Les malades trop pauvres pour pouvoir rien donner ou les étrangers de passage sont admis gratuitement et entièrement à la charge de l’Infirmerie. L’entretien de chaque malade revient approximativement à 2 francs par jour.

Et maintenant que nous avons essayé d’esquisser ce qui a été fait jusqu’à présent et quelle est la marche de notre Etablissement, quelqu’un pourra nous demander quelles sont nos ressources pour l’avenir.
Nous répondrons qu’au point de vue humain nous n’en avons aucune, mais que nous avons une inébranlable confiance en la fidélité du Seigneur, et que ce serait, nous semble-t-il, lui faire injure que de nous laisser aller au doute ou au découragement.

En effet, jusqu’à présent, il ne nous a laissés manquer de rien, il a disposé en notre faveur le cœur d’un grand nombre de personnes, et si notre Infirmerie est selon sa volonté, ce qu’il a fait pour le passé nous est un gage de ce qu’il fera pour l’avenir. Ce ne sont pas les établissements les plus richement dotés qui réussissent le mieux et là où il y a beaucoup d’argent, il y a aussi de grandes tentations pour la foi.
Nous avons confiance aussi dans le bon vouloir et dans les sympathies des populations qui entourent notre Infirmerie. Quand on aura vu les bons résultats d’une oeuvre pareille, les préventions, s’il y en a, finiront par tomber; avec le temps on verra plus clair dans la question, et chacun comprendra que ce ne peut pas être seulement une œuvre particulière : une maison qui est ouverte à tous doit être aussi soutenue par tous. Quand il s’agit, comme ici, d’un intérêt aussi général, on comprend qu’on ne peut plus en faire une question de personnes et encore moins d’une Eglise particulière, car, autant à l’égard de nos malades qu’à l’égard du public, nous ne voulons, comme l’apôtre, savoir qu’une chose, Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié.

En effet, quel est notre but? Venir au secours du pauvre et du malade, l’entourer de tous les soins possibles, et lui procurer tous les adoucissements qui se rencontrent facilement dans une maison uniquement destinée à recevoir des malades. Et c’est sur ce point que nous nous sentons pressés d’exprimer toute notre pensée. Nous ne voulons pas nous mettre en lieu et place de la famille, nous estimons que c’est une chose mauvaise et dangereuse pour la société que de relâcher ses liens, qui, pour le plus grand nombre, se composent de plus de devoirs et d’obligations que de joies et de privilèges , et quand un malade peut être soigné chez lui avec les mêmes chances de rétablissement, nous n’hésitons pas à lui dire : « Restez au milieu de votre famille. »
Mais ces chances de guérison pour vous qui connaissez les demeures du pauvre, — est-il besoin de vous dire qu’il est bien rare de trouver chez lui les choses les plus simples parmi celles que demande le médecin et qu’exige l’hygiène la plus élémentaire?

Il faut du repos, de la tranquillité — comment la mère de famille l’obtiendra-t-elle dans une chambre remplie d’enfants? il faut du bouillon, de la viande, — comment en aura-t-on quand les seuls bras qui gagnent de bonnes journées sont précisément ceux du malade? il faut des bains, du linge, — où est la possibilité de se les procurer? enfin, il faudrait avoir tous les jours la visite du médecin, et le malade demeure sur le Mont ou bien à une ou deux lieues de la ville — comment un médecin pourrait-il y aller si souvent?

Aussi, quand un malade ne peut pas être bien soigné chez lui, nous sommes persuadés qu’humainement parlant, il est beaucoup plus vite guéri dans une maison comme l’Infirmerie, où tout concourt à un seul et même but. Ainsi, le père de famille, le jeune homme soigné dans notre Etablissement, est plus tôt rendu au travail et par cela même au soutien des siens, la mère de famille, dont la maladie sera prise au début et convenablement soignée jusqu’à parfaite guérison, pourra plus tôt retourner aux soins de ses enfants et de son ménage: et enfin les pauvres enfants dont les maladies sont si souvent négligées, que d’infirmités douloureuses et souvent incurables leur seraient évitées pour leur vie entière si l’on pouvait apporter à temps l’attention et les soins nécessaires au rétablissement de leur santé!

C’est dans un établissement comme notre Infirmerie que peuvent se trouver et ces soins dévoués et intelligents et tous les éléments de repos, de bonne nourriture, ainsi que la direction des médecins. Et comptera-t-on pour peu de chose l’atmosphère de paix, de sérénité, de dévouement chrétien, dans laquelle nos malades se trouvent dès leur entrée à l’Infirmerie?

Ce temps de repos forcé que leur impose la maladie, est souvent dans les mains du Seigneur le moment qu’il s’est ménagé pour adresser à l’âme ses plus puissants appels; — quand la voix des occupations et du travail est obligée de se taire, celle de Dieu se fait entendre plus forte et plus persuasive.

Pendant la maladie, on est, en général, plus accessible aux saintes influences de l’Evangile, les soins mêmes dont les malades sont entourés les disposent favorablement à écouter les enseignements et les consolations de la parole de Dieu, et bien souvent, en venant chercher la santé dans une maison comme l’Infirmerie, le malade y trouve la guérison de cette incurable maladie qui est le péché, et dont le seul et infaillible médecin est le Sauveur Jésus ! Ah ! s’il n’y avait que ce résultat sans aucun espoir de soulagement pour les maux du corps, ne vaudrait-il pas la peine d’établir et de soutenir notre Infirmerie? et quel est le cœur qui, en se posant ainsi la question, ne voudrait pas contribuer à soulager quelques misères, à sécher quelques larmes et à donner aussi de la joie aux anges du ciel?

Nous ne comptons encore que cinq mois d’existence et parmi les 64 malades qui, depuis le ler avril au ter septembre, ont été reçus à l’Infirmerie, un grand nombre d’entre eux ont été guéris par la bonté de Dieu et grâce aux soins éclairés des médecins et des diaconesses, et quelques-uns aussi ont reçu dans leur cœur la bonne nouvelle du pardon et du salut Ces quelques pages ne sont point ce qu’on appelle en général un Rapport et l’Infirmerie est encore trop près de ses débuts pour que nous ayons la prétention de présenter déjà un Compte-rendu de la marche de l’Etablissement ; ce n’est donc qu’un simple récit du but de notre œuvre, et des moyens par lesquels nous désirons l’atteindre. Comme on l’a vu, nos premiers pas sont réjouissants, et avec des cœurs pleins de gratitude envers le Seigneur, nous lui rendons grâces de sa bonté, nous nous attendons à sa fidélité et nous espérons qu’il inclinera le cœur d’un grand nombre de personnes en faveur de l’Infirmerie, sur laquelle nous lui demandons encore de répandre ses meilleures et ses plus précieuses bénédictions.

Rolle , septembre 1861.

Numérisation et OCR Denys Jaquet