Parcourez la forteresse savoyarde point par point : touchez les repères rouges du plan pour découvrir chaque détail de l’édifice, remontez le temps de la fin du XIIIe siècle à nos jours et testez vos connaissances à la fin de la visite.
Ce guide accompagne la visite autonome du Château de Rolle.
Il retrace brièvement son histoire, avant de proposer un parcours didactique pour les visiteurs.
De la fin du 13ème siècle à aujourd’hui, sept siècles d’aventures et de rebondissements ont fait de cet édifice de La Côte vaudoise un monument emblématique, qui a précédé de 50 ans la fondation de la ville de Rolle.
Vouloir raconter son évolution prestigieuse est un exercice périlleux en l’absence de tous documents et archives qui nous soient parvenus.
De plus, à l’exception de fouilles archéologiques commandées au milieu des années 80 et des relevés de plan exécutés à la même époque, il n’y a jamais eu de réelles études historiques.
Découvrez malgré tout ce que l’on a pu rassembler de détails et de particularités concernant cette ancienne forteresse savoyarde, inscrite à l’inventaire des monuments historiques de la Confédération suisse.
Bonne visite !
Des recherches en dendrochronologie permettent de dater la construction du château à partir de 1261, sous l’impulsion des comtes de Savoie et notamment l’un de ses plus illustres, Pierre II, dit le Petit Charlemagne.
Le site fut choisi pour ses qualités idéales de lieu d’embarquement, d’échanges économiques et surtout de contrôle du trafic lacustre et de la région. Confirmant ainsi la politique de conquête de la maison de Savoie au nord du Léman et s’inscrivant dans un mouvement plus large, caractéristique du XIIIe siècle, à savoir le développement des villes, porté par une démographie et un essor économique favorables.
La même époque voit ainsi naître Rolle (1319), mais aussi Morges (1286) ou encore bien plus tôt Villeneuve (1214).
L’histoire du château se divise en trois grandes périodes — choisissez-en une ci-dessous :
Jusqu’au milieu du XIIIe siècle, ce sont les seigneurs de Mont qui dominent la région : il n’existait alors que les seigneuries de Mont-le-Vieux, Mont-le-Grand et Aubonne, mais aucune en bordure du lac.
Le plan est généralement attribué à Pierre II, qui séjourna au château de Pevensey, au sud de l’Angleterre, et qui fit venir auprès de lui des ingénieurs expérimentés, dont un certain Jean Mésot.
C’est également Pierre II qui établit les plans des châteaux d’Yverdon et de la Tour-de-Peilz, ainsi que d’autres places fortes en Savoie, substituant aux « bâsties » à angles droits des XIe et XIIe siècles, des tours en fer à cheval et des donjons circulaires.
Mais pourquoi bâtir un château dans ce marais du bord du lac ? Les Savoie et les sires de Mont semblent être dans le même camp : contre qui veulent-ils alors se défendre, ou se battre ? Il faut regarder à la fois vers le comté de Genève et du côté de l’évêché de Lausanne, sans oublier les démêlés internes de la famille de Savoie, notamment avec le Faucigny et Aubonne.
Les Savoie devenaient puissants sur les deux rives du Léman et cherchaient, sur l’eau comme sur terre, à assurer la sécurité des voies de communication. Déjà maîtres du Haut-Lac grâce à une véritable flottille de guerre conduite par des mariniers éprouvés, ils avaient grand besoin de ports à l’ouest : d’où leur intérêt pour cette crique à l’embouchure du torrent de la Bigaire, à Rolle, reçue en hommage du chevalier Nicolas de Mont en 1260.
Un port fortifié : c’est aussi cette forte muraille reliant la vieille tour ronde aux deux bastions d’angle, puis le mur prolongé en direction du nord pour faire écran à la bise. Abri contre les vents, défense contre les actes de piraterie et tête de pont surveillée : tel était le but recherché.
La construction du château se poursuit après 1265 ; les fouilles archéologiques de 1984-1985 ont permis de dater de 1264 les pieux de chêne supportant l’ancienne passerelle d’accès.
Il faut imaginer une forteresse bien différente de ce que l’on voit aujourd’hui : un fossé creusé, un mur extérieur, donc une double muraille.
Autre particularité de la construction : la cour intérieure est de plain-pied, la forteresse ayant pour ainsi dire les pieds dans l’eau — alors que les autres châteaux bâtis à la même époque, comme ceux de Morges, d’Yverdon ou d’Yvoire, ont des cours intérieures situées à l’étage.
Cette configuration supposée laisse imaginer un port militaire bien protégé côté sud ou à l’ouest, pouvant abriter les galères du duc de Savoie.
En octobre 1530, la forteresse est incendiée par les troupes confédérées en route pour Genève, venues aider les Genevois — nouveaux alliés de la Confédération — contre le duc de Savoie.
En janvier 1536, Bernois et Fribourgeois à nouveau de passage mettent encore une fois le feu à la forteresse de Rolle, comme à beaucoup d’autres places fortes. Dès ce moment, ce sont les Bernois qui contrôlent l’ensemble du Pays de Vaud — marquant aussi la fin de la période « forteresse » du château.
En 1558, Jean Steiger, avoyer du canton de Berne, achète la ruine de la forteresse et la transforme en château habitable tel qu’on peut le voir aujourd’hui.
Au-dessus de la porte d’entrée du château, il fait sculpter son blason dans de la molasse. La famille résidera dans cette demeure près de trois siècles jusqu’en 1798.
Pour transformer la forteresse en château, la famille Steiger entreprend d’importants travaux : couverture de tuiles sur l’ensemble des bâtiments, comblement du fossé et suppression du pont-levis, déplacement de l’entrée de la cour à son emplacement actuel, destruction du mur extérieur jusqu’au sol en 1658, création d’un jardin potager le long de la façade sud et d’un verger côté nord. On raconte même qu’une safranerie existait à Rolle et que le safran poussait dans les jardins du château.
En 1713, le baron Emmanuel de Steiger, seigneur de Rolle, fait construire pour ses besoins la loge du château (emplacement actuel de l’Office du Tourisme). Avant 1779, une tourelle carrée à fonction de commodités est ajoutée du côté du lac.
On imagine sans peine la vie de château qui se tenait dans cette demeure de quinze pièces, deux cuisines, deux escaliers, deux écuries, deux remises, deux fontaines et un bassin avec jet d’eau dans le grand jardin entourant le château.
Le 24 janvier 1798, les bourgeois des villes vaudoises mettent fin au régime bernois et proclament, place de la Palud à Lausanne, la naissance de la République lémanique.
Un district de Rolle est créé en 1799 ; Rolle en devient le chef-lieu, ce qui lui vaut le titre de « Ville ». Le 22 février de la même année, la mise aux enchères des bâtiments du château, avec le parc qui les entoure, clos de murs depuis l’ancien banneret, est annoncée.
En mars 1799, la Commune de Rolle achète finalement le château pour y loger les écoles, la bibliothèque, l’administration communale et des prisons.
Le 8 mai 1802, les Bourla-Papey (brûle-papiers en patois vaudois) incendient les archives de la baronnie de Rolle afin d’effacer toutes traces des droits féodaux. Conséquence directe de cet épisode, la quasi-totalité des archives anciennes de Rolle et de son château est perdue à jamais.
En 1804, la Municipalité de Rolle s’installe au château, avec les écoles, la prison et ses bureaux.
En 1840, une bibliothèque publique y est fondée, abritée dans l’ancienne classe de physique du régent Lochman — bibliothèque que l’on peut toujours visiter aujourd’hui sur demande, quasiment inchangée depuis sa création.
Le fonds ancien de la Bibliothèque historique de Rolle est constitué de 9’850 titres pour environ 18’800 volumes, y compris les brochures ou recueils de brochures et près de 1’620 vol. de périodiques. À cela s’ajoute une collection de cartes anciennes (350) en grande partie du 18ème siècle.
Trois volumes sont des incunables : Biblia latina (Bâle 1495), Concordantiae biblie et canonum (Bâle 1487) et les Statuts de Savoie (Turin 1487).
Fondée en 1840, la bibliothèque est encore présente au château, là même où elle a été créée.
Aujourd’hui, le château est utilisé pour les différents besoins de la ville. Contrairement à beaucoup d’autres châteaux, il n’héberge plus de musée : de par son affectation administrative, scolaire et publique, il reste un élément de la vie quotidienne de Rolle, bien que son allure demeure toujours exceptionnelle dans le tissu de la ville.