Château de Rolle · Repères chronologiques
Des villages lacustres à l'Acte de médiation : trente étapes qui racontent comment une rive du Léman, disputée entre Savoie et Berne, est devenue le canton de Vaud — avec le château de Rolle comme témoin. Cliquez sur un événement pour en lire le récit.
−4000 → 443
Le roi « Togo » est une figure imaginaire, mais son palais de roseaux évoque une réalité : dès le Néolithique, vers 4000 av. J.-C., les rives du Léman se couvrent de villages lacustres en bois, roseaux et torchis, occupés jusqu'à l'âge du Bronze. À Rolle même, une grande station littorale du Bronze final a été en partie détruite lors de l'aménagement de l'île de La Harpe en 1835 ; une seconde gît à Fleur d'Eau.
Au second âge du Fer (La Tène), le Plateau et la région lémanique sont peuplés de Celtes. Les Helvètes, organisés en plusieurs pagi (cantons tribaux), occupent le territoire entre Jura, Alpes et Rhin ; Genève, ville des Allobroges, marque la frontière avec la province romaine.
Associés aux Cimbres et aux Teutons depuis 111 av. J.-C., les Tigurins menés par Divico écrasent en 107 av. J.-C. l'armée du consul Lucius Cassius près d'Agen et font passer les survivants sous le joug. Au XIXe siècle, l'épisode — situé à tort au bord du Léman — devient un mythe patriotique, peint par Charles Gleyre en 1858.
Isaac est le premier évêque de Genève attesté avec certitude. On le connaît par Eucher de Lyon, qui tenait de lui le récit du martyre des soldats de la légion thébaine à Agaune (Saint-Maurice). Le diocèse de Genève englobe alors toute La Côte jusqu'à l'Aubonne.
443 → 1095
Défaits en 436 sur le Rhin par le général romain Aetius et ses auxiliaires huns, les Burgondes survivants sont installés en 443 en Sapaudia, autour du Léman, pour partager les terres avec les habitants. Leur royaume, dont Genève est une capitale, passe en 534 aux Francs mérovingiens.
La région fait partie du royaume de Bourgogne transjurane. L'idée d'une grande « terreur de l'an Mil » est aujourd'hui nuancée par les historiens, mais le tournant du millénaire voit l'essor des monastères et un regain de construction d'églises.
Rodolphe III meurt sans héritier le 6 septembre 1032. Son royaume revient à l'empereur Conrad II : le Pays de Vaud entre dans le Saint-Empire romain germanique, où il restera jusqu'à la fin du Moyen Âge.
Appelée par le pape Urbain II au concile de Clermont, la croisade entraîne des chevaliers de toute l'Europe, y compris de nobles des pays romands et savoyards.
1130 → 1484
La communauté de Bonmont, au pied du Jura près de Nyon, attestée en 1123, rejoint l'ordre de Cîteaux en 1131 : c'est la plus ancienne fondation cistercienne de Suisse. Au XIIIe siècle, ses droits sur les terres et les vignes s'étendent jusqu'à La Côte, ce qui en fait l'une des abbayes les plus riches du bassin lémanique.
Sous Thomas Ier (1189-1233), la maison de Savoie commence son expansion au nord du Léman ; Moudon, obtenue en 1207, est sa première acquisition en Pays de Vaud. Ses fils poursuivront patiemment cette politique.
Dès 1261, les sires de Mont projettent une ville neuve pour concurrencer Aubonne et Saint-Prex. Le château, construit pour Aymon de Sallenôve, est daté de 1264 par la dendrochronologie. Plan en losange, archères de dimensions inhabituelles : l'ouvrage est attribué à maître Jean Mésot. Il protégeait probablement un débarcadère sur le lac.
Septième fils de Thomas Ier, Pierre de Savoie fait carrière à la cour d'Henri III d'Angleterre, qui lui confie l'honneur de Richmond (1240). Entre 1240 et 1260, il obtient l'hommage de nombreux nobles vaudois. Il devient comte de Savoie en 1263 ; la postérité le surnommera le « Petit Charlemagne ».
Le comte Amédée V de Savoie, désormais maître du château, l'inféode à Aymon de Sallenôve. Quatre ans plus tard (1295), le fief passe aux Grailly, futurs comtes de Foix, qui le garderont jusqu'au XVe siècle.
Louis II, sire de Vaud depuis 1302, conteste la succession de Savoie. Par les accords de 1314 et de 1321, il renonce au partage du comté et reconnaît la dépendance féodale de la baronnie de Vaud, contre d'importants avantages financiers.
Dans un contexte de rivalité entre le comte de Savoie et le baron de Vaud, Amédée V fonde la ville par un véritable coup de force : dernière étape de l'implantation savoyarde sur la rive nord du Léman. La ville neuve, entourée d'une palissade de bois, reçoit les franchises de Moudon ; les habitants de Saint-Nicolas de Ver viennent s'y établir.
Les sires de Mont, sur les terres desquels Rolle a été bâtie, reçoivent un dédommagement : Jean de Mont conserve le vidomnat et la métralie (fonctions de justice) ainsi que la moitié des fours et des moulins.
En 1425, le duc de Savoie accorde à Rolle un marché hebdomadaire. Les seigneurs successifs se ruinent ou vendent : en 1455, Amédée de Viry acquiert Rolle et l'unit à sa seigneurie de Mont-le-Vieux.
Le fief des Viry, augmenté de Coppet, est élevé au rang de baronnie par le duc de Savoie. Rolle restera une baronnie jusqu'en 1798. Le corps de logis côté lac, légèrement de biais, remonte à cette fin du XVe siècle.
1527 → 1536
Selon la tradition, des nobles savoyards réunis en 1527 jurent d'« avaler Genève » comme une cuillerée de soupe ; ils portent une cuiller au cou. En 1530, Bernois et Fribourgeois, alliés de Genève, incendient leurs châteaux : celui du Rosey, et celui de Rolle.
Lorsque Charles III de Savoie menace à nouveau Genève, Berne envahit le Pays de Vaud. Le château de Rolle brûle une seconde fois. La Réforme est imposée ; le Pays de Vaud devient sujet bernois pour 262 ans, et Rolle est rattachée au bailliage de Morges.
1536 → 1798
Hans Steiger (1518-1581), trésorier du Pays romand puis avoyer de Berne, l'un des Bernois les plus riches de son temps, achète Mont-le-Grand en 1553, puis la baronnie de Rolle en 1558. Ses descendants la conserveront près de deux siècles.
Hans Steiger restaure et transforme le château incendié : les corps de logis sont modernisés, comme en témoignent plusieurs portes gothiques. La forteresse devient résidence seigneuriale.
La baronnie se transmet de père en fils au sein de la branche de Rolle de la famille Steiger, l'une des plus nombreuses du patriciat bernois.
Les barons de Rolle cumulent leurs droits seigneuriaux avec des charges au service de LL. EE. de Berne : bailliages, Grand et Petit Conseil.
Par son alliance avec les Steiger, le conseiller bernois Karl Rudolf Kilchberger hérite de la baronnie. L'abolition des droits féodaux en 1798 le laissera ruiné.
1791 → 1803
Le 15 juillet 1791, au lendemain du banquet des Jordils à Ouchy, Amédée de La Harpe préside à Rolle le « banquet de la Liberté » qui célèbre la prise de la Bastille. Berne réagit durement : condamné à mort par contumace, La Harpe s'enfuit en France et ses biens sont confisqués.
Né à Rolle en 1754, devenu général de division de l'armée d'Italie, Laharpe est tué à Codogno dans la nuit du 8 au 9 mai 1796. Son cousin Frédéric-César exige de Berne sa réhabilitation ; le conflit se mue en revendication d'indépendance du Pays de Vaud.
Le 24 janvier 1798, le dernier bailli quitte Lausanne ; l'Assemblée provisoire proclame l'indépendance sous protection française. La République lémanique ne vit que quelques semaines avant de devenir le canton du Léman de la République helvétique.
Le 29 mars 1799, la commune rachète le château confisqué. Elle y installe l'école, l'administration et la prison ; l'administration y restera jusqu'en 1974. En 1802, lors de l'insurrection des Bourla-Papey, les titres féodaux conservés au château sont brûlés.
Signé le 19 février 1803, l'Acte de médiation de Bonaparte fait du Pays de Vaud un canton souverain de la Confédération. Le Grand Conseil tient sa première séance le 14 avril 1803 à Lausanne.